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Insécurité à Kinshasa: les Ujanas font une nouvelle victime

Il était mon ami. Freddy a célébré 2020 mais n’aura vécu que 2 jours de ce nouvel an. Le 2 janvier 2020, ce jeune gardien de but est tombé, criblé de balles tirées par des Ujanas, «par erreur». Jusqu’où ira cette unité incontrôlable de la Police?

C’est avec des larmes aux yeux que je couche ce mot. 2020 commence avec une triste nouvelle. Il est 11h07’ quand je reçois l’appel de ma sœur. Sa voix fine est tremblante. Qu’y-a-t-il?, me demandais-je intérieurement sans oser lui poser la question. Finalement, elle crache le morceau. «Yaya, ne viens pas chez nous, il y a des troubles inexplicables au quartier», m’avertit-elle. Contrairement à moi, elle habite avec mes parents à la frontière des communes de Kalamu et Makala, une zone réputée rouge. J’ai tout de suite pensé aux kulunas, ces bandits urbains qui sévissent à Kinshasa. Sauf que cette fois-ci, il s’agissait bien des «Kulunas», mais de Kulunas déguisés en policiers. «Freddy est mort», poursuit-elle. Des larmes coulent dans mes yeux pendant qu’elle me confirme l’identité de la victime. Freddy était un jeune calme. Gardien de but, il n’était impliqué dans aucun gang. Il était gentil et près à t’arracher le sourire même dans tes pires moments. Je me souviens de ces dérangements chaque fois qu’il me voyait. «Tozo lia te (tu ne penses pas à nous)», «Boboma équipe (notre équipe de foot du quartier vous l’avez sacrifié)», me répetait-il chaque fois qu’il me croisait.

Mais comment ce jeune innocent est mort et pourquoi des troubles? La phrase suivante de ma sœur éclaire ma lanterne. «Ce sont les policiers du coin qui l’ont abattu par erreur», continue-t-elle non sans sangloter.

Ces «policiers du coin» sont en fait des «Ujanas», cette nouvelle unité de la PNC dont les éléments se recrutent justement parmi les anciens «Kulunas». Depuis qu’ils se sont installés à deux pas de chez nous, il y a plus d’insécurité que de sécurité. Il n’y a qu’à voir comment ils se pavanent armes à la main en tenue civile avec un air intimidant. Les kulunas du quartier, ceux-là qu’ils devaient traquer, sont curieusement devenus leurs amis. Comme qui dirait «ceux qui se ressemblent s’assemblent».

A vrai dire, ce drame est tout sauf une surprise pour moi. Je sentais tel événement arriver mais pas sur qui. Finalement, c’est Freddy qui est pris dans le filet des policiers inconscients. Dans le jargon militaire, il est dit «qu’il n’y a pas de mauvaises troupes mais que de mauvais commandants».

Freddy est mort parce que la Police nationale congolaise est négligente dans l’encadrement de ses troupes.

Freddy est mort parce que la Police nationale congolaise est remplie des Kulunas.

Freddy est parti et je ne plains que la Police.

Des yeux pleins de larmes, je te pleure mon ami, mon anti-stress. Le destin a voulu que tu partes le même jour que Mamadou Ndala et ce n’est pas un hasard.

Au-delà de tout, la mort de Freddy relance le débat sur le désarmement de la Police dans la capitale. Il y a trois mois, Kinshasa a connu trois morts suite aux bévues policières. Cella avait conduit le Général Kasongo à initier une séance d’exorcisation des policiers, les résultats sont apparemment négatifs.

Pour Freddy, je me battrai pour que plus jamais une arme à feu ne se trouve aux mains de nos policiers qui sont plus inconscients que professionnels.

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