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[Confessions intimes] « J’ai frôlé la mort suite à un avortement à risque »

Parler d’avortement en RDC n’est pas une chose aisée. Au-delà de la culture africaine, les barrières religieuses ont érigé la question en un véritable « sujet satanique ». Alors quand j’ai décidé de me ranger du côté de la raison, celui du soutenir l’application intégrale du Protocole de Maputo, y compris l’article 14 2.c, je me suis attiré beaucoup d’ennuis dans ma communauté. Dans ce chemin de calvaire que je traversais, l’histoire d’une amie m’a réconforté dans mes nouvelles convictions: « l’avortement est une réalité à Kinshasa, n’en déplaise aux pasteurs et autres imams ». Je vous relate ici l’histoire de mon amie.

Noella (nom d’emprunt) est une chrétienne convaincue et convertie. Elle est chantre dans une grande église de Kinshasa. Dans sa communauté, elle est, du haut de ses 25 ans, une jeune fille modèle. « Toutes les mamans de mon quartier me prennent pour exemple à l’heure de réprimander leurs filles », me raconte-t-elle. Derrière cette apparence de piété, Noella dissimue un grand secret. « J’ai avorté il y a 9 ans et j’ai failli en mourir », m’avoue-t-elle.

En 2010, alors qu’elle n’a que 16 ans, Noella tombe enceinte de son petit ami qui a alors 26 ans. « C’était ma première relation. J’étais adolescente et innocente, je découvrais la vie et ses plaisirs, une grossesse est vite venue », se souvient-elle. Après que l’auteur ait fuit la responsabilité, Noella décide de se débarrasser de la grossesse. A cet âge, elle ne connait guère grand chose en la matière et craint d’aborder le sujet en famille. « L’auteur était mon encadreur dans la chorale. Papa n’a jamais voulu que je quitte l’église catholique pour une église de réveil. Avouer mon état à la maison serait chercher d’ennuis à moi-même mais aussi à ma mère qui me soutenait », me dit-elle non sans laisser couler une larme. A bout, Noella, mon amie très chrétienne, décide de se confier à une amie plus âgée. Celle-ci lui conseille des plantes médicinales à introduire dans son intimité. « Ce fut très douloureux mais je n’avais pas de choix: mon honneur avant tout ». Malheureusement, les choses se compliquen, Noella perd beaucoup trop de sang et sa mère la découvre à la porte de l’agonie. Elle avoue son forfait mais bénéficie comme toujours du soutien de sa mère. Acheminée en urgence à l’hôpital du quartier, Noella déjà amorphe est prise en charge juste assez tôt pour éviter le drame. « Cette histoire, papa ne l’a jamais su. C’est notre petit secret entre filles », me chuchotte-t-elle.

Alors quand je parle « Protocole de Maputo », Noella me pose un tas de questions et je lui affirme sans hésiter: « Si le protocole était d’application à cette époque, tu pouvais solliciter et obtenir un avortement sécurisé et t’éviter ton calvaire ». En effet selon la législation en vigueur, toute relation sexuelle avec une mineure est considérée comme un acte de viol, un de 5 cas repris dans l’article 14 2.c du protocole.

Noella a survécu. D’autres filles n’ont pas eu cette chance. En RDC, 146.700 avortements ont été réalisés en 2016. Chaque jour, au moins 14 femmes succombent suite à des complications post avortement clandestin. Alors arrêtons de nous voiler la face, les avortements ne concernent pas que les filles païennes. Comme Noella, plusieurs filles « sacro-saintes » en connaissent le calvaire.

Pasteurs, imams et que sais-je, il est temps de briser la glace. Si l’avortement est réellement un péché, alors permettons à nos soeurs d’avoir une seconde chance, une opportunité de demander pardon à Dieu car rien n’arrête une femme qui a décidé d’avorter.

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