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[Au nom du père, du pasteur et des prophéties] Les pratiques occultes de temps modernes

Ça y est, après quelques jours d’hésitation, la série continue avec ce deuxième épisode. Vous étiez près de 15.000 à lire le premier acte que vous pouvez retrouver en cliquant ici. Les églises pullulent nos rues, nos avenues, et occupent l’essentiel de notre vie. Ceux qui les dirigent sont devenus nos gourous. Derrière cette déification, un verset biblique: «Ne touchez pas à mes oints». Drogués au nom du père, du pasteur et des prophéties, les «fidèles» ont perdu toute raison dans un pays où le goût de lecture est une qualité rarissime, encore plus quand il s’agit de la Bible. Enquête inédit sur le business des églises à Kinshasa, acte 2: Les pratiques occultes des temps modernes.

Après le premier épisode, plusieurs m’ont approché pour des fortunes diverses, d’autres m’ont vilipendé, me traitant «d’une plume à la solde des occultistes et du diable». Pire, certains sont allés jusqu’à me maudire. Chrétiens, ils ont pourtant oublié -ou ignorent plutôt- un des commandements de Christ: «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent». C’est bien cela ce que je décriais: le «chrétien d’aujourd’hui» est champion quand il s’agit de défendre «daddy» mais nul dans la lecture et la mise en application de la Bible, pourtant écritures saintes.

Dans mon enquête, j’ai scruté les pratiques des églises de Kinshasa et je suis arrivé à une conclusion: le profane a planté ses racines dans le sacré. Récemment, un ami m’a conseillé une pratique que je n’arrive toujours pas à digérer. Alors que j’étais à bout de force, il m’a suggéré de boire la photo de son «daddy». Vous ne rêvez pas, il m’a expliqué que grâce à cette formule, il a été engagé dans une banque de la place. «Comment m’y prendre?», lui demandais-je stupéfait. «Les photos se vendent entre 5 et 20$ à l’église, tu vas le brûler et ensuite diluer la cendre dans un liquide que tu vas boire. Tu expérimenteras le résultat par toi-même», m’explique-t-il, très sûr de lui. Pour lui, la photo de «daddy» est gage de protection, de réussite, de victoire… Il a une photo de «daddy» dans son porte-monnaie, sur sa montre mais aussi comme fond d’écran de son téléphone et de son ordinateur.

Cet ami est un «follower» -passez moi l’expression- d’une grande église de Kinshasa. Cette assemblée, connue de tous, excelle, comme plusieurs autres, dans des pratiques que je n’ai pu identifier dans la Bible, tout cela au nom de daddy et des révélations. Jeune, je me souviens que les églises de réveil faisaient la guerre aux églises traditionnelles, dites Mpeve ya longo. Ces «Binzambi binzambi» avaient des pratiques «bizarres». Curieusement, les églises de réveil adoptent en silence ce qu’elles dénonçaient hier. Dans une autre église, j’ai été surpris de voir des bracelets de protection -en caoutchouc- être vendus à 20$. Lorsque je m’y suis rendu pour m’en procurer, le stock était épuisé. «La demande est forte et toujours croissante», m’a-t-on expliqué dans cette église kinoisérienne. Et dire que 20$ représente la ration alimentaire de toute une semaine pour certaines familles dans la ville.

Marchandage des miracles

Les églises kinoises, c’est aussi des dogmes incompris, érigés en doctrine. Un jour, en visite chez un ami, j’ai trouvé sa mère mal en point. Armé de ma foi, je lui propose une prière, sa réaction m’a laissé sans voix: «Mon fils, tu peux revenir demain s’il te plait, aujourd’hui je n’ai plus d’huile d’onction». Comme quoi, sans huile dite d’onction, aucun miracle n’est possible et ce n’est pas elle, mais son «pasteur» qui le lui a dit.

Approché pour raison d’enquête, ce pasteur m’a encore surpris. Après lui avoir exposé mon vrai-faux problème, il me demande d’apporter une bouteille d’huile et une offrande. Sans offrande, pas de prière. Au coin, j’achète ma petite bouteille d’huile d’olive mais sa réaction est étrange: «La seule huile qui est efficace est ‘Goya’, pas cette marque». Exit, ce temps où il suffisait de dire à une montagne: ôtes-toi de là, désormais il faut l’huile, l’eau, le sel, la photo du pasteur, son papier mouchoir, s’asseoir sur sa chaise -ou plutôt son trône-… pour expérimenter le miracle 4G.

Huile, bouche-à-bouche, exorcisme physico-spirituel, traitements inhumains pour chasser la sorcellerie, miracle-money, … ces pratiques sont nombreuses à Kinshasa, tout cela sous le sceau de la révélation. En 2020, la Bible semble dépassée et une mise à jour nécessaire pour introduire toutes les dérives de l’église kinoisérienne. Ces pratiques sont toujours accompagnées de la pécune. Sans argent, Dieu n’est diligent. Les miracles ses vendent, les bénédictions s’achètent. Autre pratique exaspérante, les offrandes nominatives. Dans certaines églises, les fidèles sont appelés à offrir par poids financier. D’abord ceux qui ont des millions, ensuite les milliers, puis les centaines, et enfin la masse. Pire, certains usent de mensonge pour convaincre. «Dieu m’a convaincu de bénir ceux qui vont lui offrir 100$ et plus», ai-je entendu un jour dans une église où j’étais invité. Après qu’il ait remarqué le nombre réduit des répondants, il est allé en descendant jusqu’à bénir tout le monde. Ma question est toute simple: «Dieu ne savait-il pas que les gens ne réagirait pas à cette somme ou a-t-il usé de miséricorde?». Je crois carrément que cet officiant a menti au nom de Dieu. Heureusement que le Dieu de la Bible n’est plus aussi rigoureux comme au temps de Noé et de Lot. Il use de bonté et de patience, mais n’en abusons pas.

A relire
Vive la rentrée

A lire prochainement
– Onction sexuellement transmissible
– Dieu m’a dit, cette fuite des responsabilités
– Daddy, HD, SD, Coordon, … ces titres tendances
– L’église m’a rendu athée
– L’Etat, les églises et la jungle

PS

  • Cette série n’est pas une guerre contre les églises. Elle s’inscrit dans le souci de dire ce que certains font dans le secret
  • Cette série ne concerne pas toutes les églises de Kinshasa qui, pour une bonne partie, ont de bonnes pratiques.

Dandjes LUYILA

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