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4 pornographes, 3 graciés et 1 condamné

C’est l’histoire de 4 personnes tombées sous le coup d’une même et seule infraction. Une infraction absente d’un code pénal qui date d’avant l’ère de Christ et qui est plus archaïque que la célèbre Pascaline de Blaise Pascal. Seulement, en RDC, la loi s’accorde en genre et en nombre avec les états d’âmes du justicier et le rang du justiciable. Après tout, un pasteur, un musicien, un politicien et un élève n’ont pas les mêmes droits.

La nouvelle est tombée comme un couperet. Six élèves du secondaire ont été rayés du système éducatif congolais. Leur péché, la publication d’une séquence vidéo les montrant en plein ébat sexuel. Les 5 garçons qu’on aperçoit sur ces vidéos érotiques seraient, selon la version officielle, élève de 3ème Littéraire (anciennement 5ème) au Collègue Saint Georges, une école des Frères des écoles chrétiennes de Kinshasa. L’unique fille présente sur les séquences serait, elle, pensionnaire de la 1ère année littéraire (anciennement 3ème) de la même école.

Se basant sur l’article 42 du règlement des «écoles des Frères», le Collège Saint Georges a exclu les 6 élèves. Fait normal. Cependant, la suite du discours du Préfet des études laisse perplexe. «Je tiens à informer l’opinion publique que sur instruction du ministre de l’EPST, ces élèves ‘inciviques et immoraux sont interdits d’être inscrits dans les écoles sur toute l’étendue du territoire national», affirme le Préfet de Saint Georges dans une vidéo enregistrée ce mardi dans la soirée.

Une décision disproportionnée qui suscite des interrogations dans l’opinion. Doit-on jeter l’enfant avec l’eau du bain? Que deviendront ces enfants pris certainement par la folie de l’adolescence, d’autant plus que la décision cavalière et singulière du ministre n’est pas délimitée dans le temps? Sur quelle base juridique repose cette décision? Autant de questions qui ont fait la une de la Twittosphère congolaise dans la soirée du mardi.

Trois jurisprudences, trois ‘inciviques’ promues

Comme si cela ne suffisait pas, l’histoire récente du pays renseigne que 3 cas similaires ont été traités avec une largesse sans précédent. Impliquée dans la tristement célèbre «Affaire Maman Mimi», Justin Luemba n’a jamais été inquiété. L’homme s’est même reconstruit au point de devenir gouverneur intérimaire du Kongo-central. Un autre, musicien ayant pignon sur rue, a vu ses vidéos intimes filtrer sur les réseaux sociaux. Pourtant, il continue d’arpenter les hautes sphères du pays, posant avec la crème de la politique. Enfin, un pasteur très proche d’une certaine obédience politique s’est vu pardonné par tous, ses ouailles religieuses en premier, une vidéo obscène tournée dans un véhicule. Autant d’inciviques qui auraient peut-être servis de repère à des jeunes ne disposant d’ailleurs pas de consentement.

Pourquoi cette sévérité à l’encontre d’un groupe d’enfants qui ont certes commis une erreur et méritent une punition exemplaire. De là à détruire leur vie en leur refusant toute forme d’éducation, cela n’est plus ni plus ni moins que de l’autoritarisme. Tout congolais a droit à l’éducation, même le plus malfrat de tous.

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